Les encriers de verre incarnent une époque où l’écriture était un rituel raffiné, presque cérémoniel. Ces petits objets, à la fois utilitaires et décoratifs, ont traversé les siècles en témoignant du savoir-faire exceptionnel des maîtres verriers et de l’importance accordée à l’art de la correspondance.
Une tradition artisanale millénaire
L’histoire des encriers de verre remonte à l’Antiquité romaine, où les premiers exemplaires étaient soufflés à la bouche par des artisans hautement qualifiés. Ces pièces rudimentaires ont progressivement évolué pour devenir de véritables œuvres d’art au fil des siècles. Au Moyen Âge, les monastères utilisaient des encriers en verre épais pour protéger la précieuse encre des copistes qui enluminaient les manuscrits.
C’est véritablement à partir du XVIIIe siècle que les encriers de verre connaissent leur âge d’or. Les manufactures de Bohême, de Venise et plus tard de France produisent des modèles d’une finesse remarquable, ornés de gravures délicates, de dorures ou de tailles complexes qui captent et réfractent la lumière de manière féerique.
Les différents styles et techniques
La diversité des encriers de verre reflète la richesse des techniques verrières développées à travers l’Europe. Le cristal taillé, avec ses facettes géométriques, était particulièrement prisé dans les cabinets de travail bourgeois du XIXe siècle. Le verre opalin, d’un blanc laiteux délicat, souvent rehaussé d’émaux colorés, ornait les bureaux féminins et les secrétaires.
Les verreries de Baccarat, Saint-Louis ou Clichy ont produit des encriers en cristal d’une qualité exceptionnelle, parfois intégrant des inclusions de millefiori ou des sulfures représentant des personnages historiques. Ces pièces, véritables bijoux de bureau, étaient souvent offertes lors d’occasions importantes ou servaient à marquer un statut social élevé.
“Un encrier de verre n’est pas qu’un simple contenant : c’est le gardien silencieux des mots qui n’ont pas encore été écrits, le complice lumineux de tous ceux qui osent coucher leurs pensées sur le papier.”
Reconnaître et apprécier un bel encrier ancien
Pour les amateurs et collectionneurs, savoir identifier les caractéristiques d’un encrier de qualité est essentiel. La transparence du verre, sa sonorité lorsqu’on le tapote délicatement, la finesse des gravures et la présence éventuelle d’une marque de manufacture sont autant d’indices précieux. Les encriers soufflés à la bouche présentent souvent de légères irrégularités qui, loin d’être des défauts, témoignent de leur fabrication artisanale.
Les formes varient considérablement : encriers cubiques pour les bureaux masculins, modèles en forme de barrique, encriers à double compartiment pour l’encre noire et bleue, ou encore les ravissants encriers de voyage, plats et munis d’un bouchon à vis pour éviter les fuites lors des déplacements en diligence.
Conseils pour les collectionneurs et amateurs
- Examinez toujours un encrier à la lumière naturelle pour déceler d’éventuelles fêlures invisibles en lumière artificielle
- Vérifiez la présence et l’état du bouchon d’origine, souvent en verre taillé assorti au corps de l’encrier
- Les traces d’encre à l’intérieur, loin d’être rédhibitoires, attestent de l’authenticité et de l’usage réel de l’objet
- Privilégiez les pièces complètes avec leur plateau ou leur écritoire d’origine si possible
- Nettoyez délicatement avec de l’eau tiède et du savon doux, jamais de produits abrasifs qui terniraient le verre
- Conservez vos encriers à l’abri de la lumière directe prolongée qui pourrait altérer les couleurs des émaux
L’encrier de verre dans l’intérieur contemporain
Aujourd’hui, alors que l’écriture numérique a largement supplanté la plume, les encriers de verre trouvent une nouvelle vie comme objets décoratifs chargés d’histoire et de poésie. Sur un bureau contemporain, ils apportent une touche de raffinement intemporel et rappellent la beauté du geste d’écrire à la main.
Certains passionnés de calligraphie et d’écriture manuscrite continuent d’utiliser ces encriers anciens avec leurs plumes modernes, créant ainsi un pont entre tradition et modernité. D’autres les détournent en petits vases pour une fleur solitaire, en pots pour épingles ou trombones, ou simplement les exposent dans une vitrine où la lumière peut jouer avec leurs facettes et leurs couleurs subtiles.
Qu’ils soient collectionnés pour leur valeur patrimoniale, leur beauté intrinsèque ou la nostalgie qu’ils évoquent, les encriers de verre demeurent des témoins précieux d’une époque où l’on prenait le temps d’écrire, de penser et de créer avec grâce.



